FAIRE LA GRÈVE DE SON STAGE

La grève des stages n’a que très peu de précédents dans l’histoire du mouvement étudiant. Ainsi, de nouvelles stratégies d’action et de défense collective sont à penser et à mettre en oeuvre. Expérimentées en novembre dernier, la signature collective d’un avis de grève et une tournée des milieux de stages durant la grève se sont avérées être des actions permettant de rendre effective la grève des stages. En prévision de la grève, la sensibilisation des milieux de stages et des syndicats est aussi essentiel afin qu’ils prennent position en faveur du respect des mandats de grève des stagiaires et qu’ils soient solidaires de la lutte pour la rémunération des stages. Tous les exemples de lettres aux directions, d’avis de grève ou autres peuvent être adaptés et utilisés par toutes et tous !

1. ADOPTER UN MANDAT DE GRÈVE DES COURS ET DES STAGES

Pour vérifier si une assemblée est prévue sur ton campus, voir l’horaire des assemblées générales de grève.
Tu peux t’inspirer de toutes les propositions de grève qui s’y trouvent et l’adapter pour la proposer!

2. PRÉPARER UN AVIS DE GRÈVE

L’avis de grève est une stratégie développée par des militantes du CUTE UQAM. Il explique les raisons de la grève et déconstruit les menaces anticipées et formulées par l’administration quant aux conséquences de la grève des stages. Lorsque les étudiant.es et stagiaires possèdent toute l’information concernant la grève de leur stage, une grève qui fait peur, ils et elles peuvent s’engager à la respecter en apposant leur signature. Les signatures sont accompagnées du milieu de stage fréquenté et du courriel des stagiaires ce qui permet d’organiser une tournée des milieux de stages et la construction de canaux de communication plus efficaces.

Exemples d’avis de grève

♦ À l’UQAM, à l’automne 2018, l’avis était signé par 437 étudiant.es et stagiaires. L’avis a été envoyé à toutes les directions de programmes de l’UQAM et supervisions de stages à la première journée de grève. Lire l’avis de grève.

♦  À l’UdeM, le 14 novembre 2018, en prévision d’une assemblée générale de grève de l’Association étudiante de service social de l’Université de Montréal (AÉSSUM), le conseil exécutif de l’association ainsi que 79 stagiaires informent d’emblée les coordonnateurs et coordonnatrices de stages de l’École de travail social qu’aucune menace, pression ou intimidation ne sera tolérée dans l’éventualité d’une grève des stages. Lire la lettre.

3. AVISER TON MILIEU DE STAGE

Rapidement, les stagiaires se font demander si le mandat de grève adopté s’applique à leur stage. Elles et ils se trouvent donc contraint.es d’annoncer à leur milieu leur intention de respecter le mandat de grève. À la même occasion, les stagiaires ont souvent à expliquer et défendre leur mandat de grève, et peuvent subir des pressions de leur milieu d’entrer en stage malgré la grève. Pour éviter de négocier la grève, un courriel peut être envoyé par les stagiaires.

Exemple de courriel qui peut être envoyé:

Objet du courriel: Clarifications concernant la grève (18 au 22 mars 2019)

Bonjour,

 

Dans la cadre de la campagne réclamant un salaire pour les stagiaires, mon association étudiante a adopté un mandat de grève des cours et des stages pour la semaine du 18 au 22 mars prochain. Tout.es les stagiaires, moi compris, sommes membres de notre association étudiante, et nous sommes donc lié.es par ce mandat de grève.

 

Je vous joins l’Avis de grève des étudiant.es de (Insérer votre institution scolaire) qui annonce l’interruption des cours et des stages, et qui rappelle l’ultimatum lancé au gouvernement caquiste. Nous avons la chance de pouvoir compter sur l’appui de nombreux milieux de stages qui sont répertoriés ici : http://www.grevedesstages.info/appuis/. Si vous voulez joindre votre voix à la leur, n’hésitez pas à m’en faire part ou à contacter cute.travail@gmail.com.

 

Pour toute question, je vous prie de communiquer avec mon association étudiante. Comme mentionnée dans l’Avis, alors que la grève concerne également tous les membres de l’association étudiante facultaire, aucune entente individuelle ne sera conclue dans un soucis d’équité et de transparence. Les stagiaires se sont aussi engagé.es à diffuser parmi tou.te.s les étudiant.es membres de mon association les messages ou demandes reçues de leur milieu de stage afin d’uniformiser les réponses données.

 

Je vous remercie de votre compréhension.

(Joindre l’avis de grève sans signature en pièce jointecomme ici)

4. CONCRÉTISER LA GRÈVE DES STAGES: TOURNÉE DES MILIEUX DE STAGES, LEVÉE DES COURS ET PIQUETAGE

La TOURNÉE DES MILIEUX DE STAGES a été une des façons de concrétiser la collectivisation du débrayage et de rompre l’isolement souvent démobilisant des stagiaires. En effet, les stagiaires étant éparpillé.es dans des centaines de milieux différents, bien souvent à l’extérieur de leur lieu d’étude, les lignes de piquetage et les levées de cours traditionnelles s’avèrent insuffisantes pour faire respecter les mandats de grève pris en assemblée générale. La tournée s’est imposée comme un moyen d’allier l’école au travail, en s’y rendant à pied, en bus ou en métro. Elle s’est avérée être un moment privilégié de partage d’expériences de travail et de grève entre les stagiaires de différentes disciplines et milieux de stage. De plus, elle a permis de rencontrer les travailleur.ses sur les lieux, de discuter des revendications des stagiaires en grève et de créer des solidarités avec eux et elles. Cette visibilité hors des murs institutionnels a notamment abouti à des appuis officiels à la grève des stages de la part de différents milieux.

À l’université, les LEVÉES DE COURS sont le moyen traditionnel d’assurer le respect des mandats de grève pris en assemblée générale. Des équipes de grévistes parcourent les écoles et s’assurent qu’aucun cours des programmes en grève n’est donné et, dans le cas échéant, informent les étudiant.es et professeur.es ou chargé.es de cours de la levée du cours en vertu du mandat de grève. En tant que dernier recours pour assurer le respect des mandats de grève, les levées de cours doivent être précédées d’une mobilisation très importante et exigeante afin de limiter les confusions et les tensions lors de leur déroulement. Il est également important de former des équipes de levées de cours mixtes et de laisser la parole aux femmes et aux personnes non-binaires lors des levées de cours. Alors que la rémunération des stages est un enjeu qui concerne à forte majorité les femmes, et qu’elles portent jusqu’à ce jour les mandats de grève dans leur assemblée générale, il leur revient de pouvoir défendre ces mêmes mandats lors des levées.

Au cégep, la levée des cours se fait à l’aide d’une LIGNE DE PIQUETAGE devant les entrées, pour que les cours soient suspendus conformément au mandat de grève. Très tôt le matin – généralement autour de 6h30 ou 7h – les grévistes se réunissent donc devant les portes afin d’y bloquer l’accès. Il est toujours utile de se munir de bannières et autres pancartes afin de prendre le plus de place possible et d’être bien visibles. De façon générale, lorsque l’administration constate une ligne de piquetage ferme qui bloque l’accès au cégep, elle déclare la levée des cours et assure ainsi qu’aucune activité n’ait lieu sur le campus pour la journée. Bien évidemment, lors d’une grève de plus d’une journée, il faut recommencer ce piquetage à chaque matin. Il peut arriver que l’administration décide de mettre les étudiant.es en lockout – c’est-à-dire qu’ils et elles se voient refuser l’accès au cégep. Cela dit, les modalités de la grève, dont l’accès aux locaux, sont souvent négociées avant la première journée de grève.

5. S’ORGANISER CONTRE LES REPRISES

L’organisation contre la reprise des heures de stage manquées repose surtout sur le partage d’information. Que ce soit une demande, une menace ou de l’information en provenance de l’école, de votre superviseur.e ou de votre milieu de stage, l’important c’est de la partager. Les votes de grève sont des mandats collectifs, ainsi leurs conséquences doivent l’être aussi. Aucun.e stagiaire ne doit être laissé.e derrière.

Des heures de stages, on peut en couper!

♦ À l’hiver 2018, deux semaines de stage ont été retranchées aux étudiantes sages-femmes finissantes. Lors de cette même session, les cours et stages avaient été suspendus durant deux semaines en raison du lock-out imposé par l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Pour permettre aux étudiantes de graduer à temps, deux semaines de stage ont été amputées du total d’heures exigées pour accéder à la profession.

♦ Pour les baccalauréats en travail social, le nombre d’heures de stage varie selon les universités. À l’UQAM, où le nombre d’heures exigées est le plus bas dans la province, aucune heure de stage n’a dû être reprise à la suite des journées de grève depuis le début des expériences de grève (printemps 2017). Les finissantes n’ont d’ailleurs eu aucune difficulté à accéder à l’Ordre professionnel.

♦ À l’UQAM, au baccalauréat en enseignement, aucune heure de stage n’a dû être reprise depuis le début des expériences de grève (printemps 2017).

Exemples d’organisation contre la reprise des heures de stage

♦ En réponse à l’entêtement du programme d’enseignement et adaptation scolaire et sociale, une lettre a été signée par 173 stagiaires à l’intention de la directrice du programme, Mirela Moldoveanu. Elles et ils affirment respecter le mandat de grève adopté en assemblée générale. Lire la lettre.

♦ À la session d’hiver 2018, les membres de l’Association des étudiantes et étudiants de la faculté d’éducation de l’UQAM (ADEESE) ont tenu 4 journées de grève des cours et des stages. Face aux menaces de reprise des heures de stage manquées, formulées par les directions de programme, une lettre à leur intention est rédigée et signée par les étudiant.es et stagiaires des différents programmes afin de s’opposer à de telles mesures. Lire la lettre. C’est l’ancêtre de l’avis de grève!

Grève 2019

CÉGEP MARIE-VICTORIN
Avis de grève à signer
Directive du cégep

UdeM
Avis de grève à signer

UQAM
Avis de grève à signer
Courriel pour les milieux de stage, joint à l’avis vierge